mercredi 27 octobre 2010

Jean Palou, à propos du 33e grade du Rite Écossais Ancien et Accepté



« Les historiens maçons rejettent la paternité de ce grade attribuée jadis à Frédéric II, roi de Prusse, ce qui est une légende. Il nous semble plutôt que le Rituel de ce grade, repris à un plus ancien Rituel ait été adultéré plus ou moins involontairement, comme cela arrive très souvent en ce genre de choses, par incompréhension des connaissances traditionnelles, et aussi par manque d'information de ce qu'on nomme « l'histoire souterraine» . Le rituel du 33e degré fait effectivement mention de Frédéric II, roi de Prusse, et principalement dans son second mot de passe. Il ne s'agit pas le moins du monde, - le scripteur s'étant lourdement trompé, - du Despote éclairé prussien mais au contraire de l'Empereur Frédéric de Souabe (Fredericus) dont les légendes occidentales disent qu'il est le gardien du Saint-Graal et aussi que, dans une caverne, - mort au monde profane – il dort, en attendant que l'Arbre Sec de l'Empire refleurisse... Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de cette dernière notation le Rituel du 33e degré qui qualifie le « Souverain Grand Inspecteur Général » de « Secrétaire Général du Saint-Empire » . Nous rappellerons à ce propos que le royaume du Graal « qui aurait dû être conduit à une splendeur nouvelle est le Saint-Empire romain même. Le héros du Graal qui aurait pu devenir « le dominateur de toutes les créatures » et celui « auquel a été confié la puissance suprême » est l'Empereur historique « Fredericus », s'il avait été le réalisateur du mystère du Graal, c'est-à-dire du mystère hyperboréen (Julius Evola)» , ce qui nous ramène au mystère de l'Extrême Thulé où, comme nous l'avons dit plus haut, Anderson plaçait les origines mêmes de l'Art Royal. Il va sans dire que la question du Saint-Empire est en rapport avec les querelles du glaive et de l'anneau et plus précisément les guerres des Gibelins et des Guelfes. Les Gibelins se rattachant étroitement au mystère du Graal et si l'on sait qu'un mot « Ghiblim» est celui d'un haut grade de l'Écossisme, on voit les rapports qu'on peut aisément établir entre le Saint-Empire et la Maçonnerie Écossaise, avant tout chevaleresque. Nous dirons pour en finir – provisoirement – avec ce sujet que le Saint-Empire fut détruit en 1648 en application de la politique du cardinal de Richelieu et que c'est à cette époque que la Tradition fait partir d'Europe les derniers Rose-Croix... »

(Jean Palou, La Franc-Maçonnerie, Petite Bibliothèque Payot, 1964)

dimanche 10 octobre 2010

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique (V, 47)

« Quelques-uns disent que cette île s'appelait anciennement Samos ; mais que ce nom resta à l'île plus récemment peuplée, tandis que l'ancienne Samos reçut, à cause de son voisinage de la Thrace, le nom de Samothrace. Les habitants de la Samothrace sont autochtones ; aussi n'y a-t-il chez eux aucune tradition sur les premiers hommes et leurs chefs. D'autres prétendent que cette île a tiré son nom des colonies de Samos et de Thrace qui sont venues s'y établir. Ses habitants primitifs ont un ancien idiome particulier, dont beaucoup de mots se conservent encore aujourd'hui dans les cérémonies des sacrifices. »

mardi 5 octobre 2010

Hérodote, Histoire (II, 52)

« Les Pélasges sacrifiaient autrefois aux dieux toutes les choses qu'on peut leur offrir, comme je l'ai appris à Dodone, et ils leur adressaient des prières ; mais ils ne donnaient alors ni nom ni surnom à aucun d'entre eux, car ils ne les avaient jamais entendu nommer. Ils les appelaient dieux en général, à cause de l'ordre des différentes parties qui constituent l'univers, et de la manière dont ils l'ont distribué. Ils ne parvinrent ensuite à connaître que fort tard les noms des dieux, lorsqu'on les eut apportés d'Égypte ; mais ils ne surent celui de Bacchus que longtemps après avoir appris ceux des autres dieux. Quelque temps après, ils allèrent consulter sur ces noms l'oracle de Dodone. On regarde cet oracle comme le plus ancien de la Grèce, et il était alors le seul qu'il y eût dans le pays. Les Pélasges ayant donc demandé à l'oracle de Dodone s'ils pouvaient recevoir ces noms qui leur venaient des Barbares, il leur répondit qu'ils le pouvaient. Depuis ce temps-là ils en ont fait usage dans leurs sacrifices, et dans la suite les Grecs ont pris des Pélasges ces mêmes noms. »

dimanche 3 octobre 2010

Hérodote, Histoire (II, 51)


« Les Hellènes tiennent donc des Égyptiens ces rites usités parmi eux, ainsi que plusieurs autres dont je parlerai dans la suite ; mais ce n'est point d'après ces peuples qu'ils donnent aux statues de Mercure une attitude indécente. Les Athéniens ont pris les premiers cet usage des Pélasges ; le reste de la Grèce a suivi leur exemple. Les Pélasges demeuraient en effet dans le même canton que les Athéniens, qui, dès ce temps-là, étaient au nombre des Hellènes ; et c'est pour cela qu'ils commencèrent alors à être réputés Hellènes eux-mêmes. Quiconque est initié dans les mystères des Cabires, que célèbrent les Samothraces, comprend ce que je dis ; car ces Pélasges qui vinrent demeurer avec les Athéniens habitaient auparavant la Samothrace, et c'est d'eux que les peuples de cette île ont pris leurs mystères. Les Athéniens sont donc les premiers d'entre les Hellènes qui aient appris des Pélasges à faire des statues de Mercure dans l'état que nous venons de représenter. Les Pélasges en donnent une raison sacrée, que l'on trouve expliquée dans les mystères de Samothrace. »

vendredi 1 octobre 2010

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique (IV, 48-49)



SUR LES ARGONAUTES (suite)

XLVIII.
« (...)
Après avoir approvisionné leur navire, les Argonautes prirent le large. Ils étaient déjà au milieu du Pont-Euxin, lorsqu'ils furent assaillis d'une tempête qui leur fit courir le plus grand danger. Orphée fit, comme auparavant, des vœux aux dieux de Samothrace, et les vents s'apaisèrent. On vit apparaître à côté du navire Glaucus, le dieu marin. Celui-ci accompagna le navire sans relâche pendant deux jours et deux nuits. Il prédit à Hercule ses travaux et l'immortalité. Il prédit aussi aux Tyndarides qu'ils recevraient le nom de Dioscures, et que tous les hommes leur décerneraient des honneurs divins. Enfin il appela tous les Argonautes par leur nom ; il leur dit que c'était par les vœux d'Orphée et par l'ordre des dieux qu'il leur apparaissait, pour leur découvrir l'avenir. Il leur conseilla, dès qu'ils auraient touché terre, de s'acquitter des vœux qu'ils avaient faits aux dieux auxquels ils devaient deux fois leur salut.


XLIX.

Glaucus replongea ensuite dans la mer. Arrivés au détroit de la mer du Pont, les Argonautes mirent pied à terre dans un pays dont Byzas était alors roi, et qui a laissé son nom à la ville de Byzance. Là, les Argonautes élevèrent des autels, accomplirent leurs vœux, et consacrèrent aux dieux un terrain qui est encore aujourd'hui vénéré par les navigateurs. Ils abordèrent ensuite dans la Troade, après avoir traversé la Propontide et l'Hellespont. Hercule envoya dans la ville Iphiclus, son frère, et Télamon, pour demander Hésione et les chevaux. Mais Laomédon fit, dit-on, mettre les envoyés en prison, et dressa des pièges à tous les autres Argonautes, pour les faire périr. Tous ses enfants concoururent à ce dessein. Priam seul était d'un avis opposé : il voulait qu'on gardât l'hospitalité envers ces étrangers, et qu'on leur livrât sa sœur et les juments promises. Mais comme personne ne l'écoutait, il apporta dans la prison deux épées, et les donna en secret à Télamon et à son compagnon. Il leur découvrit l'intention de son père, et devint la cause de leur salut ; car, après avoir tué les gardiens qui voulaient leur résister, Télamon et son compagnon s'enfuirent vers la mer, et ils apprirent aux Argonautes ce qui leur était arrivé. Ceux-ci se tinrent prêts au combat, et allèrent à la rencontre d'une troupe qui était sortie de la ville sous la conduite du roi. Le combat fut sanglant. Les Argonautes se signalèrent par leur bravoure. Mais Hercule les surpassa tous par sa valeur. Il tua Laomédon, prit la ville d'assaut et châtia tous ceux qui avaient trempé dans le complot du roi. Il donna le royaume à Priam, pour prix de sa justice. Il fit avec lui une alliance, et se remit en mer avec les autres Argonautes. Cependant quelques anciens poètes prétendent que ce fut sans les Argonautes qu'Hercule avait entrepris cette expédition avec six navires, pour demander les juments promises, et qu'il se rendit maître de Troie. Homère appuie par son témoignage cette opinion dans les vers où il dit : «Tel était Hercule, mon père, ce héros vaillant et intrépide, lorsque, réclamant les chevaux de Laomédon, il aborda ces rivages avec six vaisseaux seulement, et un petit nombre de guerriers, et qu'il saccagea la ville d'Ilion et en rendit les rues veuves d'habitants». Les Argonautes se rendirent de la Troade dans l'île de Samothrace. Là, ils accomplirent de nouveau les vœux qu'ils avaient faits aux grands dieux, et ils déposèrent dans le temple les coupes qui s'y conservent encore à présent. »