dimanche 29 août 2010

les réponses de René Alleau et Eugène Canseliet à une enquête surréaliste


LE MONDE À L'envers ?

La possibilité croissante d'un voyage interplanétaire paraît entraîner, aux yeux du plus grand nombre, la possibilité d'appliquer aux “ mondes ” extra-terrestres le système de références, forcément anthropocentrique, qui fonctionne tant bien que mal ici. Cette conclusion vous semble-t-elle “ aller de soi ” ? Permet-elle notamment de spéculer sur les réactions mentales et les appréciations intellectuelles qui seraient celles des futurs “ cosmonautes ” ? Au cas où un tel voyage (aller et retour) aurait effectivement lieu, serait-il ou non de nature à provoquer une crise incontrôlable de l'entendement, où la notion même de culture deviendrait dérisoire ?


René Alleau:

1°) Un système de références peut ne pas être “ forcément anthropocentrique ”. Par exemple, le système de la philosophie hermétique est anthropomorphique mais il n'est pas anthropocentrique. Inversement, la chimie et, plus généralement, toute la science contemporaine qui ne sont point anthropomorphiques sont profondément anthropocentriques. Prenons, par exemple, d'abord, le cas de l'alchimie :

La philosophie hermétique, partant d'un axiome : “ EN TO PAN ”, “ UN LE TOUT ”, affirme qu'il existe, en fonction de cette unité universelle, une ANALOGIE entre les formes humaines et les formes non-humaines, ce qui est, de toute évidence, une conception ANTHROPOMORPHIQUE, au sens précis de ce mot que Littré, par exemple, définit de façon inexacte, à mon avis, comme “ la doctrine de ceux qui attribuent à Dieu une forme humaine ”, ce qui, en fait, répond à un “ THEOANTHROPOMORPHISME ”. De même, c'est à tort que Malebranche a écrit : “ Comme l’Écriture est faite pour les simples comme pour les savants, elle est pleine d'anthropologies ”. D'abord parce qu'il s'agit ici de figures de style, au sens propre, qui sont “ théoanthropologiques ”, en fait, et, ensuite, parce qu'il ne me semble pas évident que ces comparaisons de l’Écriture soient SEULEMENT des figures de style. Enfin, en dehors du “ théoanthropomorphisme ”, il y a, dans l’Écriture, un anthropomorphisme pur, profondément traditionnel, et qui, à divers points de vue, est tout à fait identique à celui de la philosophie hermétique, notamment sur le plan cosmologique.

L'homme, considéré par les alchimistes comme une unité partielle analogue à l'unité totale et reliée à elle comme le sont, d'ailleurs, toutes les autres manifestations possibles de cette unité, n'est, en aucune façon, considéré comme LE CENTRE DU TOUT, mais comme UN RAYON émané, parmi une infinité d'autres ANALOGUES à lui, de ce centre unique. Le principe d'analogie s'oppose ainsi DIRECTEMENT et ESSENTIELLEMENT à toute conception anthropocentrique. D'ailleurs, quand le règne minéral est considéré comme ANALOGUE au règne humain, il est clair que ce dernier peut aussi bien être conçu comme analogue au règne minéral. La réciprocité analogique DÉCENTRE nécessairement tout critère, selon la perspective que l'on veut choisir. C'est probablement pour cette raison que le GÉOCENTRISME avait une valeur très différente de ce que supposent les astronomes contemporains.

Or, actuellement, l'anthropomorphisme a été totalement éliminé par la réflexion scientifique, du moins théoriquement. En chimie, pas d'analogies possibles entre les phénomènes étudiés et l'observateur humain qui S'EST FAIT CENTRE ET TOTALITÉ PENSANTE par rapport à eux, sujet par rapport à une collection d'objets étroitement quantifiés afin de les mieux situer à la périphérie MESURABLE de la réalité universelle, VUE par l'UNIQUE QUI EST NÉCESSAIREMENT L'HOMME désormais aliéné définitivement dans ses relations avec un MONDE DEVENU NON-HUMAIN. Un rideau de verre, le rideau de la schizophrénie, est tombé entre la pensée humaine et la nature. Telle est, à mon avis, l'aliénation par excellence de notre temps, celle qui explique d'autres aliénations, économiques notamment tandis que celles-ci ne l'expliquent point. En d'autres termes, l'Univers est devenu NON-HUMAIN quand l'homme s'est fait Dieu, quand il a substitué à tous les niveaux de la pensée LE PRINCIPE D'IDENTITÉ au PRINCIPE D'ANALOGIE, quand il a “ RÉIFIÉ ” le RÉEL par les seules puissances de sa raison.

A celles-ci qui composent, malgré tout, seulement une image VIRTUELLE, objectivante et objectivée, du COSMOS s'opposent, et s'opposeront chaque jour davantage les données, impossibles à exclure, malgré Hegel, de l'IRRATIONNEL UNIVERSEL.

C'est pourquoi je pense que se révéleront, à mesure que la cosmonautique progressera, non seulement des erreurs astronomiques considérables mais aussi des erreurs physico-chimiques fondamentales concernant notre conception actuelle de la constitution de la matière. Dans ces conditions, les extrapolations de nos systèmes actuels de référence, anthropocentriques pour la plupart, me semblent prématurées, certainement, et fausses, fort probablement, au même titre que la pensée scientifique sur laquelle elles sont fondées.

2°) Les réactions mentales et les appréciations intellectuelles des futurs cosmonautes me semblent en partie prévisibles, hélas, non pas à partir d'un système philosophique de référence, anthropocentrique ou non, mais plus sinistrement, à partir d'un inventaire linguistique et d'une analyse conceptuelle sommaires du vocabulaire sportif limité dont disposeront, selon toute vraisemblance, à l'exclusion de tout autre, ces ATHLETES-ROUTIERS de l'Espace. Déjà, par ces mêmes moyens, le déroulement des péripéties de n'importe quel Tour de France pourrait être prévu, étape par étape. Que l'on agrandisse “ la Petite Reine ” aux dimensions d'une fusée spatiale et le trajet Paris-Rouen à celles de Terre-Mars ne change rien au fait que l'univers mental d'un champion tournera toujours autour du centre logique de la selle de sa bicyclette.

3°) Aucun voyage aller et retour de la Terre à n'importe quel point du Cosmos ne me semble capable d'aggraver sensiblement une crise de l'entendement qui existe déjà, ni de rendre plus dérisoire qu'elle l'est dès maintenant la notion de “ culture ”, paysanne à plus d'un titre. Quant à la possibilité d'un contrôle de cette crise, ce qui se passe depuis le début de ce siècle montre assez éloquemment qu'en histoire, le mot “ incontrôlable ” n'a pas de sens. Ceux qui en doutent pourront revoir, pour leur édification, un extraordinaire court-métrage de Mac-Sennett “ ECOLE POUR ADULTES

Eugène Canseliet
:

Si l'on admet, maintenant, que les voyages interplanétaires soient possibles, il apparaît, plus sûrement, qu'ils sont prétextes, auprès des peuples, à des desseins et à des exploits préliminaires, de conséquences immédiates et tragiquement menaçantes.

Pour l'entreprise gigantesque, c'est précisément, son caractère anthropocentrique, au sens le plus ordinaire de l'épithète hybride, qui lui vaut d'être acceptée avec faveur par l'immense masse de ses victimes, gratuitement agitée du même concept d'orgueil. Qu'on me pardonne l'ironie adverbiale dont je ne puis me défendre, devant la somme fabuleuse, engloutie au total par la récente fusée, dernière en date sur le manège circumterrestre et parfaitement inutile. Imagine-t-on, un instant, ce qu'eussent permis ces millions de dollars, n'aurait-ce été que d'abriter, avec décence, quelques milliers de véritables malheureux !

Cela n'empêche que l'invincible sentiment anthropocentrique est justifié, au plan inférieur et grégaire, qu'il s'impose du fait même des exigences démesurées de l'entreprise qui, conséquemment, sans l'effort d'équipe, ne saurait être menée à bien. Je ne m'éloigne pas ici de la question posée, car l'élaboration solitaire du physicien-philosophe, qui le conduit d'une planète à l'autre, selon l'antique système de Claude Ptolémée, lui dévoile, dans la réalisation, à la fois la plus abstraite et la plus positive, la destinée anthropocentrique de l'univers.

La Physico-Chimie du Grand Œuvre reconstruit l'anatomie du Monde et démontre que les planètes possèdent chacune un régime propre et d'étroite parenté, dans l'harmonie parfaite et la progression continue de chaleur, de poids, de sonorité, de couleur et de substance.

J'imagine fort bien, dans le genre fantastique des romans d'anticipation, les réactions mentales des futurs “ cosmonautes ”, des voyageurs de l'espace, qui, jusqu'à maintenant, en vérité, ne sont pas sortis de la stratosphère.

Hermès, en sa Table d’Émeraude, déclare : “ Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, par quoi se font les miracles d'une seule chose. ”

Donc, point de spectacle horrifique et, eu égard au présent, inconcevable, mais la très normale conséquence, au-delà ou en-deçà de l'âge actuel de la terre, d'un bombardement cosmique plus ou moins intense et d'une atmosphère différemment composée, par exemple d'azote en dose beaucoup plus forte. De là, seulement, imagine-t-on, sans fantaisie, ce qui peut advenir, quand le ralentissement de la combustion animale, ménageant l'aliment, augmente la durée et prolonge la vie.

Les futurs “ cosmonautes ”, plus athlètes et militaires que philosophes et humanistes, ne s'attendent certes pas à retomber, là-haut sur Mars ou sur Vénus, dans le plein essor du moyen âge ou de celui que vivra, peut-être, en l'an 2000, l'humanité terrestre nageant dans le bonheur sans soleil des ondes et de l'atome, avant-coureur du jour dernier de l'inexorable colère. C'est là, précisément, dans la déception profonde, reçue d'une réalité exempte de tout faux merveilleux, que pourrait naître la crise dont ces navigateurs seraient seuls à souffrir, si jamais ils parvenaient au bout de leur voyage et, surtout, à en effectuer le retour. Que cette crise de l'entendement, pour eux ou, plus encore pour les instigateurs savants de leurs prouesses, se montre incontrôlable, c'est probable sinon certain, et que la notion de culture devienne dérisoire, il y a quelque temps, hélas ! que la chose est en train de s'accomplir.

Refusons de croire, en compagnie de Cyrano de Bergerac, à propos du vide dans l'espace, que “ l'agitation du petit orteil d'une puce allast faire une bosse derrière le Monde ”

samedi 28 août 2010

un texte de Jean Palou publié dans La Brèche




À PROPOS D'UN GISANT DE L'HOTEL JACQUES CUER, À BOURGES

Le visiteur qui parcourt les salles de l'Hôtel Jacques Cuer, à Bourges, peut admirer le tombeau du duc Jean de Berry, provenant de l'ancienne Sainte-Chapelle des ducs de cette province. Aux pieds d'un des gisants (celui de la femme de Jean de Berry), se trouve un petit ours et les guides expliquent cette présence insolite en disant que la duchesse se nommait “ Ursula ” ce qui serait une allégorie.

L'explication nous semble tout autre car il s'agit, à notre avis, d'un symbole transposé (dégénéré) en allégorie.

Le plus ancien évêque de Bourges (légendaire sans doute, mais dans chaque légende il y a une étincelle de vérité traditionnelle) se nomme Saint-Oursin ou Saint-Ursin. Or il faut savoir que l'oursin était considéré en Occident dans les temps pré-chrétiens et même pendant le haut-moyen-âge, non seulement comme l'œuf du monde, mais - ce qui est l'évidence - comme le symbole de l'immortalité. On trouva même dans des sépultures gallo-romaines, à Saintes, à Saint-Michel du Mont Mercure, des vases de terre ou de verre portant le nom latin “ echinus ” (oursin). Des tumuli fouillés ont révélé aussi des oursins fossiles. Des tombeaux du VIe siècle en contenaient encore. L'oursin considéré par les Druides - par assimilation avec l'œuf de serpent - comme par les Chrétiens, à l'œuf cosmique, représente le Principe de la Vie, soit le germe divin. On comprend alors que les hommes l'aient enterré avec leurs semblables. Bien plus tard, les Albigeois du XIIe siècle avaient comme symbole du Verbe fait homme - outre le Poisson, le Vase et la Colombe - l'Oursin : la coquille était l'Humanité visible et l'animal la Divinité cachée, symbole qui se retrouve dans l'amande qui entoure le Christ en gloire de maintes cathédrales du Moyen-Age occidental (Chartres par exemple). Les Croisés ramenaient de Terre Sainte des oursins fossiles appelés “ pierres de Judée ” auxquels on prêtait des vertus particulières. L'hermétisme s'empara de l'oursin pour en faire l'image de l'hémisphère nord du globe ce qui n'est pas sans relation avec la tradition hyperboréenne non plus qu'avec la colonne Nord de la Maçonnerie, les cinq branches de l'oursin et l'étoile flamboyante. Il n'en reste pas moins vrai que l'oursin reste au Moyen-Age le symbole de la renaissance après la mort initiatique ce qui se retrouve dans une “ Old charge ” de 1375, soit un des plus anciens textes de la Maçonnerie opérative.

On voit dès lors comment de l'oursin, les contemporains de Jean de Berry, déjà dégénérés traditionnellement parlant (nous sommes au XVe siècle, soit après la déchéance apparente de l'Ordre du Temple qui marque la fin de l'ésotérisme catholique), sont passés à la représentation d'un ours sous les pieds d'un gisant, gage de l'immortalité placé sur un tombeau.

Nous avons peut-être été trop long sur ce sujet, au demeurant assez mince, mais nous avons surtout voulu montrer comment l'oubli des principes traditionnels altère la représentation figurative du symbole.

(Jean Palou. La Brèche numéro 2, mai 1962.)

vendredi 20 août 2010

une source de Jorge Camacho


BERNARD ROGER (né en 1924)

DE LA DAME DE L'ŒUVRE

Noire et belle, son regard déroule l'ombre du parc : cachée au griffon des fontaines, aux angles des futaies. Le jour elle joue parmi les charmes des bois, depuis la fraîcheur des mousses, à s'élever dans les feuilles frivoles.

La nuit elle descend de la lumière de la lune: blanche et grave elle sourit pourtant aux couleurs des lucioles et elle s'émeut à leurs caresses.

Elle est l'océan où se baigne le monde, un félin courant dans la forêt, la rosée douce à la terre, le feu qui la dévore. Elle n'est rien, et tout vient d'elle. Elle était avant le premier rocher. Elle est toujours plus jeune que la seconde présente.

Reine du rythme premier, d'avant le commencement des temps, elle a pour miroir les lacs nocturnes, pour palais le centre des métamorphoses aux doigts d'agate où la mémoire se perd: elle ouvre soudain ses portes aux formes frémissantes pour les habiller d'existences légères, voiles de brouillard dont elle fait ses caprices.

Rivière aux transparences sombres, elle glisse entre les arbres avec indifférence. Dans son eau âpre et douce le corps se noie avec délice, parmi les velours des souffles : elle tue pour faire naître, violente et tendre.

Son logis n'est nulle part. Elle y réside entre les ténèbres et la lumière, entre la terre et le feu. Elle y mène au temps prédit de tous temps celui qui la cherche avec amour. Elle est terre contenant tout feu, ténèbre contenant toute lumière, étoile du Nord, espoir du voyageur. Elle-même est le voyage. Elle-même la voyeuse, elle qu'aucun lieu ne saurait fixer, aucun lien réaliser, troublante et folle aux yeux du monde : Seule Réelle.

Dame des deux crépuscules, elle est l'entrée de la nuit et l'annonce des aubes toujours nouvelles : porte du mystère, qui s'éveille amante au coucher du soleil, s'endort vierge quand le jour vient couvrir les étoiles.

Dame de la tour où les merveilles de tous les mondes se cachent, elle entre dans le rêve du somnambule dont elle fait le veilleur qui la trouve en face de lui vivante et somptueuse.

(Bernard Roger, Juillet 1971. Bulletin de Liaison Surréaliste )

LES VILLES HERMÉTIQUES DE BERNARD ROGER ET GUY-RENÉ DOUMAYROU






- affiche interprétée de Bernard Roger et Guy-René Doumayrou

- carte géographique-sidérale de Guy-René Doumayrou

- Le Jardin des émerveillements, croquis de Guy-René Doumayrou. 1959.

ROGER VAN HECKE (1923-1984)




Dessin paru dans la revue surréaliste Bief, (1958).

RENÉ ALLEAU (né en 1917)




René Alleau. Lavis et aquarelle sur papier, 8,5 x 20 cm.



René Alleau, Danaé, aquarelle. 1984.

EUGÈNE CANSELIET (1899-1981)






Une illustration de Jorge Camacho pour L'Hermétisme dans la vie de Swift et dans ses voyages, d'Eugène Canseliet.

Deux blasons extraits du livre Heraldique alchimique nouvelle, de Jorge Camacho et Alain Gruger, avec une préface d'Eugène Canseliet.

ÉLIE-CHARLES FLAMAND (né en 1928)

LA LOGE PYRAMIDALE

Une rondache léguée par l'hivernage
Adombre nos inscriptions

Seuls parmi les extatiques survenants
Les frondeurs marqués de minutieuse déraison
Auraient désappris les souterainnes contradictions
N'était la colère que magnifia notre bure

Bien qu'un reposoir orne ces diluviens parages
Laissons se préciser le mensonge de l'absence

L'intacte lumière
Démentira le ciel usé

(Élie-Charles Flamand, dans Vrai centre, 1977)

mercredi 11 août 2010

une chevalerie surréaliste





Un soir d'ivresse à Valdivia le Patagon créa le Carré majeur des Chevaliers surréalistes composé de
Trente-sept patagons porte-glaïeuls
Sept heptarques diadoques
Trois dionysos paradigmes
Un archonte trismégiste
Un hégémon, chef suprême de l'Ordre.

Le Carré majeur des Chevaliers Surréalistes au nombre de quarante-neuf est une puissance poétique.

L'instance suprême du surréalisme est le Dodécaèdre Intentionnel (hégémon, archonte, paradigmes et diadoques).
Le Chevalier surréaliste s'identifie avec Dionysos chevreau.
Il porte le collier d'argent avec la patte de chevreau en argent.
Le patagon porte-glaïeul s'identifie avec le dernier atlante.
Eau-Lune. Porte le glaive comme son nom l'indique.
Il porte le collier d'argent avec la patte de canard en argent.
L'heptarque diadoque s'identifie avec les sept hégémons.
Il est dit pour cela « successeur ». Feu. Il porte le collier d'argent avec le bélier d'argent. Soleil.
Le dionysos-paradigme s'identifie avec Chevreau. Il est dit « exemplaire » car il représente l'enseignement de Dionysos devant les autres chevaliers. Il porte le collier d'or avec la patte de chevreau en or.
L'archonte trismégiste s'identifie avec le Grand patagon ; il est dit « trois fois très grand » car il renoue avec la tradition hermétique. Il porte le colier d'or avec la patte de canard en or.
L'hégémon porte le bélier en or et le grand collier d'or. Identification personnelle (Toison d'Or) avec Charles le Téméraire.


(extrait du manifeste « Le Dire ordinateur », de Jean-Pierre Lassalle. Vers 1959. Repris dans L'Écart Issolud suivi d'Agalmata.)

préface de Bernard Roger pour une exposition de Jorge Camacho




Le Ton haut

Le cri s'étale sur la fenêtre longtemps fermée : qu'était donc devenue la forêt? Un signe nouveau l'a fait resurgir parmi nous. L'ombre du rire y volette entre les feuilles de métal précieux. Le dernier coup de minuit est en train de sonner et tout repose dans l'acte en or, mais il est encore impossible de dire à quelle fraction de seconde la porte va s'ouvrir. Derrière chuchotent les velours des douze princesses dansantes : « Le chaos métallique produit des mains de la Nature contient en soi tous les métaux et n'est point métal. Il contient l'or, l'argent et le mercure; il n'est pourtant ni or, ni argent, ni mercure. »
Le duel n'a pas encore eu lieu, mais il ne saurait tarder, tant le voile lascivement se délace. Des noms fulgurants sont prononcés dans la haute atmosphère, auxquels répondent les échos très anciens des cavernes de la terre, comme le long d'un fil d'or tendu du Zénith au Nadir.
Dans l'air tout proche l'enclume du forgeron invisible résonne : la rosée calcine le crâne du vieux Saturne à l'instant où la lune se lève et regarde le cristal. Elle n'a pas encore été entendue, mais le son a pénétré tout en entier dans le ciel jaune. C'est la prémonition des déserts où l'on navigue d'un trait poussé par la voile d'Artimon, semés des volcans miniatures où luisent des yeux rouges, aux versants émaillés de la floraison multicolore des laves. À l'horizon l'étoile cache l'arbre, elle est comme ses racines, tournées vers le ciel. Derrière elle le soleil dort, dans son berceau d'écailles de poisson : « Le soleil est formé de la plus pure partie de la matière première, dans laquelle la terre et le feu dominent. »
En vérité, le voyageur est déjà sur la route : il est le familier des grands animaux à métamorphoses et des mots animés des forêts d'étain. Il entend la fontaine qui coule à trois pas dans la futaie, aux paroles ruisselantes de rayons d'aube, dans lesquelles la mémoire s'étend jusqu'aux premiers âges des choses. Avec lenteur, il approche des falaises métalliques aux cassures brillantes, mais déjà dans la joie sa démarche l'a conduit au carrefour transparent où a lieu la rencontre du monde intérieur et de l'intérieur du monde.

Bernard Roger, 1969